[TRIBUNE] Répondre enfin à l’appel de l’hiver 54, pour réinventer Paris

Actualités, Explorations, France

Aujourd’hui, 3 février 2015, la fondation Abbé Pierre publie son 20e rapport sur l’État du Mal-Logement en France à télécharger ici. Ils illustrent la page du téléchargement de leur rapport par cette photo poignante :

et font une piqûre de rappel :

Sans Plus Attendre ! avait répondu en 2014 à l’appel à idée lancé par PEROU et Enfants du Canal pour faire le « Paris de l’Hospitalité », notre projet, avec 9 autres, avait été selectionné, nous l’avions intitulé « Saga-Cité ».

Une tribune commune des 10 lauréats et de PEROU (plusieurs fois refusée par de grands journaux faute de place dans l’actualité) a trouvé une place sur la plate-forme de blogs de Mediapart. Nous y avons été accueilli en tant que contributeur invité. Merci à eux.

En attendant un site  internet complet présentant les 10 propositions et une exposition en cours d’organisation, voici cette tribune retranscrite sur cette modeste page de blog.

Répondre enfin à l’appel de l’hiver 54 pour réinventer Paris.

 

Par le PEROU – Pôle d’Exploration des Ressources Urbaines, et les 10 équipes lauréates du « Paris de l’Hospitalité » : Air Architectes ; Elias Guenoun architecte ; L.E.N ; Sans plus attendre (s+A!) ; Le CHILI ; Urban Act et Hacène Belmessous ; Les faiseurs de boîtes ; Philippe Rizzotti architecte et Bellastock ; Minga ; Toi mon toit.
(www.perou-parisdelhospitalite.org)

 

 

Il y a soixante ans, un appel déchirait les ondes, faisant entendre l’impensable : une femme morte d’être sans-abri, gelée sur le boulevard Sébastopol. On conte telle une légende « l’insurrection de la bonté », le pays derrière l’Abbé Pierre, les couvertures et les tentes par milliers, le « permis de vivre » placardé sur les murs alentours. On se souvient moins de Jean Prouvé répondant en 1956 à l’appel de l’abbé par un projet : la « Maison des jours meilleurs », singulier et économique abri, montable et démontable, susceptible de s’infiltrer dans le tissu urbain. Des réglementations absurdes, déjà, avaient fait obstacle à l’augmentation citoyenne de Paris par un tel geste architectural. La loi allait cependant autoriser la solution massive, le « grand ensemble », l’éloignement des classes dangereuses, l’urgence et la démesure au mépris de ce qui fait urbanité. Des niches en plus pour des corps en trop, ou comment faire taire le cri d’alarme tout en demeurant sourd à l’humanité et à la ville solidaire qu’elle appelle.

 

En cet hiver 2014, l’Abbé Pierre s’insurgerait au delà de ce qui est pensable : des être humains par dizaines jonchent le sol des boulevards haussmanniens, des familles entières cherchent refuge jusque dans les recoins des plus prestigieuses places de la capitale, des êtres humains habitent les cabines téléphoniques de la ville lumière. En cet hiver 2014, le silence est assourdissant, les chiffres estomaquants : 141 000 personnes à la rue, dont 30 000 enfants. C’est non le froid qui tue, mais le mépris généralisé, le piétinement bientôt. D’insurrection, nous n’en voyons pas venir. De « solution massive », nulles prémices non plus : les trente glorieuses sont révolues. Seule politique urbaine remarquable : destruction des bidonvilles, expulsion des personnes sous tentes, multiplication de dispositifs anti-sdf.  Nulle humanité détectable : que des encombrants à évacuer. Soixante ans plus tard, la violence légale vaut réponse à l’appel.

 

En mars 2014, le PEROU et les Enfants du Canal relancèrent un appel : le « Paris de l’Hospitalité ». Aux architectes directement, résolument : Comment mobiliser l’avant-garde architecturale au devant de ce qui hurle dans la ville ? Comment occuper les terrains temporairement disponibles pour y construire des centres d’hébergement nomades et urbains, liés au territoire, qualifiant celui-ci ? Comment poursuivre ce travail élémentaire : faire la ville, dont la fonction d’accueil n’est pas une option, mais la fondation. Face à l’ampleur de la question, il s’agissait de susciter de multiples projets opérationnels. Face à une situation désespérée qu’aux yeux de ceux qui ne voient que désespoir, il s’agissait de mobiliser des centaines de jeunes architectes et démontrer ainsi la richesse des savoirs et savoir-faire disponibles. Face à des actions publiques aberrantes et dispendieuses consistant à détruire et humilier des hommes, il s’agissait de défendre que tout doit être réinventé, et que tout peut l’être. Fin novembre, un jury composé pour moitié de sans-abri a fait lauréats dix projets.

 

Au même moment, la Mairie de Paris publiait un concours intitulé « Réinventer Paris », et désignait 23 terrains ou bâtiments à transformer à la force de « projets innovants ». Nous, lauréats du « Paris de l’Hospitalité », ne pouvons concevoir la réinvention de Paris que par l’acte profondément politique d’accueillir chaleureusement celles et ceux qui y cherchent refuge. Nous, urbanistes, architectes, artistes, savons qu’il est non seulement nécessaire mais possible de créer immédiatement 23 lieux magnifiant l’accueil dans ces friches en attente de projets. Nous, citoyens, appelons la Mairie de Paris à donner enfin à la solidarité valeur capitale. Nous, riverains, appelons chaque parisien a faire des conseils de quartiers les assemblées créatrices des Paris de l’hospitalité. Parce qu’il serait impensable de ne pas répondre enfin, avec enthousiasme et détermination, à l’appel de l’hiver 1954.

 

 

 

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